France / Irlande -21 ans  Hautepierre 17/02/06

Trop souvent morne plaine, le stade de Hautepierre avait quelque chose d'irréel, cerné pour ce jour qui fera date par des milliers d'âmes. Le rugby régional a réussi son pari. La fête était totale, servie par une équipe de France enjouée et prolifique durant une grosse mi-temps.

Vis-à-vis des services de sécurité, il ne faudrait pas l'écrire. Et bien si. Ils étaient effectivement 4 500 à s'être invités à la fête. Et alors ? Où est le problème ? Tout s'est parfaitement déroulé, sans anicroche, sans impression de trop plein. Autant le dire, l'expérience mérite d'être répétée, ici même tant qu'une enceinte plus conséquente ne pourra en être le théâtre, et avec plus de largesse quant à la capacité autorisée.

« Le public nous a fait plaisir. On est allé le remercier »  

Il fallait oser. La Ligue d'Alsace, pas même deux ans d'existence, l'a fait avec, c'est vrai, toutes les forces vives de l'ovalie d'Alsace-Lorraine derrière elle. Leur esprit d'entreprise, leur ténacité ont été récompensés. Quel meilleur signe de reconnaissance que ces 22 de France, ressortant des vestiaires pour un tour d'honneur ? « On était surpris par tant de ferveur, souriait le demi de mêlée palois et capitaine Fabien Cibray. Le public nous a fait plaisir. On est allé le remercier. »

Deux heures plus tôt, les frissons ont parcouru les échines lorsque l'ancienne tribune a repris « La Marseillaise » à gorge déployée, venant à la rescousse d'une sono faiblarde. Ils ont réapparu sur les « Allez les Bleus » des 3 000 jeunes déversés par une armada de 50 cars, accompagnant la première envolée française (8e'). Sur une touche irlandaise gagnée par Furgence Ouedraogo, la percée de Thibault Lacroix avortait. Ils ont redoublé lorsque le stade s'est levé comme un seul homme pour saluer le premier essai de Yohan Montes (22e'). Et tout ça à Hautepierre !

  Une immuable envie de faire vivre le ballon

Jusque là, l'entame de match irlandaise avait scotché les Français. « Bien que prévenus, nous étions surpris par leur rythme », avouait Didier Retière, l'entraîneur des avants. « On a replacé les gars depuis le banc et c'était parti », rétorquait sereinement l'ancien international Émile N'Tamack, son pendant des arrières.
Le temps pour le centre au trèfle Darren Cave de faire apprécier ses jambes avant de servir en vain son arrière Fionn Carr (4e'), puis de se faire reprendre au pied des poteaux par l'excellent 3e ligne centre Nicolas Bontinck (15e').
Puis, la mécanique française s'est huilée. Avec un pack dominateur, une charnière tantôt régulatrice, tantôt dynamisante, et des arrières habités d'une immuable envie de faire vivre le ballon. « Nous avons produit du jeu, avec beaucoup d'intensité, de mouvement », appréciait le manager Max Godemet.

Privilégiant le jeu jusqu'à l'extrême, l'audace des Bleuets s'est révélée payante. Sur une touche irlandaise gagnée par Le Devedec, un premier modèle de maul pénétrant faisait donc mouche avec Montes à la conclusion, suivi d'un copier-coller à la 35e', avec cette fois la révélation Ouedraogo à l'arrivée, suite à une pénaltouche.
Dans les arrêts de jeu, Cibray enfonçait le clou au terme d'un mouvement collectif cousu main, initié par le 2e ligne Jacquet qui fixait pour lancer Bontinck le long de la touche. Pire pour les Irlandais. Au retour des vestiaires, ils se faisaient crucifier sur l'engagement français. L'ailier Williams était broyé sous la pression. Ouedraogo ramassait le cuir, envoyant son pilier Cazalot en terre promise. Lionel Beauxis, aussi précis dans ses frappes que tonique dans ses crochets, transformait une 3e fois.
« On a eu le tort de marquer aussi vite », regrettait presque Max Godemet. A 29-3, le jeu Français s'est désagrégé, « face à des Irlandais accrocheurs, ne lâchant rien.» « On n'a plus respecté les consignes, déplorait N'Tamack. Les Irlandais avançaient, nous avons multiplié les fautes, en mêlées notamment, coupant notre élan. »

« Je suis fier de l'accueil du public »  

Après une longue résistance dans leurs 22 m, les jeunes Français, écroulant la mêlée, subissaient l'essai de pénalité. Les Irlandais insistaient certes, mais butaient sur une défense convaincante, elle, jusqu'au bout. D'où la satisfaction exprimée dans l'ensemble, malgré ce XV de France à deux visages. « Nous avons franchi un nouveau palier en vue de la Coupe de monde en Auvergne, dixit Max Godemet. Le prochain sera de tenir sur un match. »

Les petits Bleus pouvaient goûter leur plaisir, en tête desquels, le régional de l'étape, en l'absence du Forbachois Weber, blessé. Le Toulousain Maxime Mermoz, formé à Épinal, rejoignait logiquement les vestiaires en dernier. « Je ne vois pas les miens bien souvent. il fallait en profiter. J'en étais convaincu, mais je suis fier de l'accueil du public. Une belle réussite. » Pour une conclusion...

R é m y   S a u e r